730 nautiques entre glaciers et montagnes
Par PH Jeanne d'Arc le mercredi, 3 février 2010, 00:39 - Vie à bord - Lien permanent
Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage … Les 640 marins de la Jeanne d’Arc se souviendront longtemps de cette dernière mission mythique qui aura mené le porte-hélicoptères aux confins du monde habitable, où l’homme, malgré sa technologie, n’a pas encore réussi à dompter la nature. Non content d’avoir bravé le fameux Cap Horn, où tant de navigateurs expérimentés se sont échoués, l’équipage de la Jeanne a parcouru près de 730 nautiques, soit plus de 1300 km, à travers les sinueux chenaux de Patagonie. Tel Thésée qui déambulait à travers les dédales du Minotaure, la Jeanne d’Arc a navigué à travers ce véritable labyrinthe géant que sont ces chenaux. Néanmoins, loin de partir à l’inconnu, les marins ont utilisé des cartes très détaillées de la région. Véritable « fil d’Ariane », la route de navigation a évité à l’équipage de se perdre dans le méandre d’îles de la Patagonie.
A la fois sublimes et austères, on ne sait comment décrire ces lieux où la nature n’a toujours pas été entachée par la main de l’homme. Le climat est certainement trop rude, les terres trop inhospitalières pour permettre à une communauté de s’y développer. Pourtant, la végétation verdoyante semble s’être bien adaptée au climat et recouvre la moindre parcelle de terre non enneigée. Les seuls habitants de ces lieux de désolation sont les otaries et les éléphants de mer. Quelques oiseaux s’y aventurent également et se plaisent à planer au ras de l’eau, malgré les rafales qui soufflent sans relâche. Le silence y est assourdissant. Tout juste entendons nous le bruit du vent qui se faufile entre les montagnes enneigées, semblable à un long soupir plaintif.
Les bateaux se font extrêmement rares sur cette route maritime légendaire que Magellan, navigateur tenace et génial, emprunta pour la première fois 5 siècles plus tôt. Magellan, Beagle, Le Maire… Autant de grands noms d’explorateurs qui ont franchi ces chenaux et détroits dans le passé. Les marins de la Jeanne sont fiers de suivre leurs traces, à une époque où les navires préfèrent emprunter le canal de Panama pour passer de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Ces trois jours de traversée resteront profondément gravés dans leur mémoire : chaque jour et chaque nuit passé à naviguer à travers ces milliers d’îles qui composent ce dédale naturel apportait son lot de surprise et d’émerveillement. Jamais la grandeur de Mère Nature ne se sera faite aussi fortement ressentir que dans ce paysage si imposant et quasi surnaturel. Naviguant entre ces gigantesques parois naturelles, notre Jeanne semblait bien humble devant l’immensité et la solitude de ce lieu. La vue des falaises calcaires et des glaciers au reflet bleuté était un ravissement de tous les instants. Les couchers et levers de soleil étaient les instants les plus marquants : la vision de la douce lumière enrobant les montagnes enneigées avait un aspect vraiment remarquable.
La météo était extrêmement variable. Au grand jamais, même en Bretagne nous n’avions vu le temps changer aussi rapidement que lors de cette véritable Odyssée à travers les eaux intérieures chiliennes. Pluie, soleil, brouillard et grêle se sont succédés avec une rapidité déconcertante. Ce climat, à l’image du paysage, était brutal et indomptable, mais il aura permis aux marins de contempler les chenaux sous toutes ses coutures, toutes ses humeurs … Par ses différentes couleurs, l’eau elle-même aura su se joindre à l’harmonie du paysage : d’une clarté d’émeraude aux ténèbres de l’ébène profond, l’élément de prédilection des marins avait un aspect plutôt inhabituel et étonnant.
Les marins se rappelleront toute leur vie de cette épopée avec émotion, gardant en tête le caractère mystérieux et onirique de la brume troublant ce paysage si particulier. La Jeanne méritait bien cet enchantement pour son dernier passage.
"Aspirant Alexandre Constantin"





Commentaires
Un grand merci pour ces merveilleuses photos et ces judicieux commentaires. Mon fils étant sur la frégate le COURBET je peux partager son voyage à travers votre journal. Bonne route à tous
Bravo pour vos reportages. Pour ceux qui restent à terre, et qui aimeraient en faire partie, continuez a nous faire rever de grands espaces et de voyages. Et profitez-en bien.
Merci d’un père d’officier élève qui peut suivre son fiston grâce à ces magnifiques messages.
Avec le regret de ne pas y être.
Quelle belle aventure que ce voyage à travers le monde par le circuit des océans. Moi qui n’est connu que l’Afrique occidentale et équatoriale de 1956 à 1958, j’en ai encore de très bons souvenirs. Saluez de ma part le matelot Guillaume FOISSEAU . Nous suivons ces périgrinations tous les jours. Son grand père est mon voisin ce qui nous permet d’évoquer de bons souvenirs.
Monsieur Régis FAUCHER. Président de l’Amicale de Marins et de Marins Anciens Combattants de la région niortaise (AMMAC)
Merci pour vos reportages. Régis Faucher.
sublimes photos , joli texte encore une fois qui nous font voyager en même temps que vous ! vite! la suite!
Merci de nous permettre de vivre avec tout l’équipage ces instants inoubliables. Les photos sont magnifiques et nous apprécions particulièrement les commentaires de l’Aspirant Constantin.
Un grand merci pour ces excellents reportages depuis le début de la campagne. Très belles photos et chapeau bas à l’Aspirant Constatin pour la qualité de ces commentaires.
Lecteurs assidus de votre blog, nous suivons grâce à vous votre magnifique périple et repartons la tête pleine d’images et d’ aventures du bout du monde! Bravo et mille mercis à l’aspirant Constantin qui ainsi nous permet de bien supporter l ‘absence de notre Marin de fils . Que de souvenirs à raconter à son retour! Bon vent à tous , nos pensées vous accompagnent …
Mon fils étant sur la Jeanne d’Arc, j’ai hâte chaque jour de découvrir le nouveau commentaire de l’aspirant Constantin. La qualité de ses textes et les magnifiques photos qui sont jointes me permettent de faire un peu partie de son voyage. Un grand merci pour ce lien avec nos marins partis au bout du monde. Bon vent à tous
Merveilleux !
Voilà le premier mot prononcé après la lecture des textes de l’Aspirant Constantin. Le lieu est magique mais les commentaires de l’Aspirant Constantin nous le rendent réel et …. merveilleux.
Un grand merci, puisqu’ainsi nous partageons le quotidien de notre fils sur la "Jeanne".
c’est avec un réel plaisir (on se croit nous même embarqués) que nous suivons attentivement et avec curiosité le périple de la jeanne où nous fils se trouve.
Au vu de la qualité des commentaires, il y a des poètes à bord ce qui est un plus.
A la prochaine étape et bon vent à tout l’équipage
on se croirait dans un autre monde ! c’est magique, un rêve pour nous à terre et une réalité pour tout l’équipage de la JEANNE. Un pt’it coucou à Paul mon fils à bord et un grand bravo à l’Aspirant Constantin qui nous permet d’accepter l’absence avec philosophie. Bonne continuation à tous
Quelle belle révision de géographie avec la carte des chenaux de Patagonie.
Je ne sais si mon petit frère et ma belle sœur Chilienne résidents à Chichon (Ile de Chiloë) auront vu passer au large la "Jeanne" en route pour Valparaiso mais ils auront eu j’en suis sur une pensée pour tout l’équipage.
Merci pour ce super "journal de bord" agrémenté de photos. Un salut particulier à mon camarade Jean Luc François et mon bon souvenir à tous ceux du PC Sécurité.
Un ancien (çipal sécu Mle 61) campagnes 86/87 et 87/88
Merci pour toutes ces belles photos ainsi que pour les commentaires, vous vivez une aventure extraordinaire et merci de faire partager aux familles un échantillon de ce que vous vivez au quotidien sur la Jeanne.Gros bisous à mon fils Max qui a tout juste 18 ans et qui va nous raconter cela dès son retour
Merci pour ces jolis commentaires et ces belles photos bon vent à tous
Même aprés les avoir parcourus par trois fois sur le Forbin et la Jeanne d’Arc ce n’est que du bonheur de lire les commentaires de l’aspirant CONSTANTIN
Une pensée pour le Maitre HENOT
Daniel FRANCOISE membre des anciens de la Jeanne