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Journaux de bord : Marine nationale

FS Floréal

Présentation

Le Floréal est le prototype de la série des six frégates de surveillance de la Marine nationale.

Construit par les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire, puis armé à Lorient par la Direction des constructions navales.

  • Mis en chantier le 2 avril 1990
  • Lancé le 6 octobre 1990
  • Admis au service actif le 27 mai 1992

Affecté aux forces maritimes de la zone sud de l'océan Indien, il est basé à La Réunion (Port-des-Galets).

En savoir plus sur la frégate de surveillance Floréal sur le site officiel de la Marine nationale

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samedi, 26 décembre 2009

La gazette du Floréal n°4 - Seychelles - Réunion

Chères familles, Chers amis,

JOYEUX NOËL à chacun d’entre vous !

Voici la dernière gazette de notre mission Atalante puisque nous accosterons demain matin au Port des Galets !

Nous nous étions quittés après Mombasa. La période de mer qui a suivi a de nouveau été riche en évènements ! Après notre opération de visite du 8 décembre, nous effectuons une nouvelle visite le 10 sur un bateau mère sur lequel nous ne trouvons qu’une personne que nous ramenons à proximité des côtes. Le 15 décembre, c’est l’avion de patrouille maritime français de type Atlantique 2 basé aux Seychelles qui nous reporte un dhow (embarcation traditionnelle) sur lequel se trouvent trois naufragés. Leur moteur étant définitivement HS, nous les prenons tous les trois à bord en attendant de les débarquer aux Seychelles. Le 17 novembre au soir, nous ne sommes plus qu’à quelques centaines de nautiques des Seychelles, où nous sommes prévus en escale du 18 au 22 décembre, lorsque nous recevons l’ordre de faire demi-tour pour retourner investiguer une piste qui se trouve à 500 nautiques. Nous y arrivons le 19 au matin et nous rappellerons trois fois au poste de visite en moins de douze heures. En effet, dans un cercle de 30 nautiques, nous avons trois pistes suspectes ! Pendant toute la journée, nous bénéficierons de la précieuse collaboration de l’Atlantique 2 (indicatif : Obélix). Tôt dans la matinée, il nous guide vers un bateau mère et un skiff abandonnés et à la dérive sur lesquels nous envoyons notre équipe de visite. Quelques heures plus tard, celle-ci se rend sur un boutre de pêche qui navigue à proximité des deux embarcations, attiré par les poissons qui se regroupent naturellement autour de tout ce qui flotte (c’est le principe des dispositifs de concentration de poisson) ! En fin de journée, nous effectuons une dernière visite sur un bateau mère reporté par Obélix, sur lequel nous trouvons quatre nouveaux naufragés que nous prenons à bord. Nous faisons alors à nouveau route vers les Seychelles que nous atteignons le 21 décembre en début de journée.

L’escale à Mahé (île principale de l’archipel des Seychelles) nous permet d’effectuer quelques travaux sur notre hélicoptère, sur nos machines et sur nos moyens de communication. Nous refaisons également les pleins avant une dernière période à la mer pour rentrer à la Réunion. Nous profitons aussi de notre présence à Victoria (capitale des Seychelles) pour rencontrer l’équipage du thonier français Glénan dont nous sommes voisins ! Enfin, le 23 décembre, nos sept naufragés débarquent, nous laissant libres de rentrer à la Réunion. L’équipage a pu profiter de ces deux jours d’escale pour découvrir les charmes de cette île paradisiaque très préservée. Nous découvrons alors des paysages de cartes postales : les plages de sable fin sont désertes, la végétation est luxuriante et le repos bien mérité !

Nous appareillons le 24 décembre au matin. Le soir même, un barbecue réunit l’ensemble de l’équipage sur le pont d’envol. Les cuisiniers avaient à nouveau fait des merveilles et ce moment de convivialité nous permet de fêter joyeusement Noël malgré l’éloignement de nos familles. Dans la soirée, comme de coutume, nous nous échangeons quelques cadeaux ! Le 25 décembre, la matinée est consacrée à la détente et au repos de l’équipage. Dans l’après-midi, nous commençons les cérémonies rituelles du « passage de la ligne ». Les néophytes du bord viennent retirer leur convocation en attendant de comparaître devant Neptune et sa douce Amphitrite.

Nous continuons le tour des services du bord en rencontrant aujourd’hui le service Armes/Avia. Il regroupe neuf marins placés sous l’autorité de l’officier armes. Au sein du secteur Armes, les trois mécaniciens d’armes s’occupent plus particulièrement du canon de 100 mm (c’est le diamètre de ses munitions) situé à l’avant du Floréal, des deux canons de 20 mm (derrière les cheminées) et des quatre 12.7 mm. Les électriciens d’armes s’occupent quant à eux de la partie électrique du 100 mm et des deux missiles Mer Mer 38 que nous avons à bord. Tous sont des tireurs 12.7mm. Les artilleurs font du quart au Central Opérations ou en passerelle. En mer, nous avons souvent l’occasion de nous entraîner au tir avec ces différents calibres (à l’exception des Mer Mer 38). Nos buts « pour exercice » sont alors des cibles surface (ballons lestés) ou des cibles aériennes (ballons gonflés à l’hélium). Le secteur Avia est composé du directeur du pont d’envol (surnommé « le chien jaune » parce qu’il porte un haut jaune et doit « aboyer » pour se faire entendre lorsque l’hélicoptère est en route) et de deux manutentionnaires de pont d’envol. Ils sont responsables du guidage de l’hélicoptère lors des phases de décollage et d’appontage et de son stationnement à bord.

Nous ne sommes maintenant plus qu’à quelques dizaines de nautiques de la Réunion ! Après deux mois de mission, c’est avec la satisfaction du devoir accompli que nous franchirons les passes de la Réunion demain matin. En un peu moins de huit semaines de mer, nous aurons mis hors d’état de nuire plus d’une trentaine de présumés pirates.

A demain pour nos retrouvailles !

Prochaine gazette début février, pour notre prochain départ en mission !

L’équipage du Floréal

mercredi, 16 décembre 2009

15/12/2009 : retour sur un an d’Atalante avec le commandant du Floréal

La première opération navale européenne Atalante a été lancée il y a un peu plus d’un an, le 8 décembre 2008. L’occasion de revenir sur l’année écoulée et l’état des lieux au large des côtes somaliennes avec le CF Guillaume Arnoux, commandant le Floréal, bâtiment français présent sur zone depuis début novembre.

Commandant, la frégate de surveillance Floréal patrouille dans le bassin somalien depuis plus d’un mois maintenant. Quel est votre premier constat sur la piraterie au large de la Somalie ?

''Le premier constat que j’ai à faire est que la situation a beaucoup évolué depuis le lancement d’Atalante. En 2008, on dénombrait une centaine d’attaques dans le golfe d’Aden pour un taux de réussite d’une attaque sur trois. Aujourd’hui, si le nombre d’attaque ne faiblit pas, leur taux de réussite, lui, a été divisé par deux, et même, aucun navire n’a été détourné dans le corridor sécurisé par Atalante depuis l’été dernier.

Mon second constat est que les pirates se sont adaptés. Ils sévissent encore dans le golfe d’Aden où les proies potentielles sont plus concentrées mais protégées, aussi opèrent-ils plus loin. Ils partent aujourd’hui plusieurs semaines en mer pour opérer dans le bassin somalien où leurs attaques ont été multipliées par 4 en 2009 par rapport à 2008.''

Les pirates ont changé de modes d’action ?

''En partie. Pour éviter les patrouilles des bâtiments de guerre, ils n’hésitent pas à aller très loin et attaquent à plus de 1 000 milles des côtes. De telles distances sont considérables surtout si l’on réalise dans quelles conditions ils partent en mer : sur des petites embarcations, de véritables coques de noix, avec juste de quoi boire et manger !

Par contre ils opèrent toujours à partir de ces skiffs et de bateaux mères très rustiques qui prennent en charge le ravitaillement en carburant pour les autres skiffs.

Ce qui a principalement évolué donc est leur zone d’opération qui s’est considérablement agrandie pour couvrir aujourd’hui plus de 5 fois la superficie de la France dans le Bassin somalien et deux fois dans le Golfe d’Aden.

Ce qui a également changé, c’est leur acharnement dans la conduite des assauts. Le dispositif militaire et les consignes de navigation suivies par les armateurs rendent les assauts plus difficiles pour les pirates. Et plus ils s’éloignent des côtes, plus leurs réserves pour rentrer s’épuisent et plus leur détermination pour s’emparer d’un navire croît. Aujourd’hui donc ils peuvent conduire un assaut pendant plusieurs heures alors qu’avant, dans le golfe d’Aden, ils prenaient le navire en 15 minutes ou s’éloignaient.''

En un peu plus d’un mois, quel est le bilan de l’action du Floréal au sein d’Atalante ?

''L’activité a été assez dense. En effet la période d’inter mousson qui commence en octobre, est propice à un renforcement d’activité des pirates pour atteindre le rythme moyen d’une attaque par jour pendant les 20 derniers jours.

Nous n’avons donc pas chômé. Nous sommes en actuellement en patrouille dans une zone qui nous est attribuée par l’état-major d’Atalante. Nous surveillons notre zone, avec l’appui des avions de patrouilles maritimes et de notre hélicoptère embarqué qui peuvent nous désigner des embarcations suspectes. Nous contrôlons les navires suspects qui croisent notre route et nous tenons prêts à intervenir dès qu’un navire de commerce lance un appel de détresse. Nous participons aussi à la chasse d’embarcations qui ont pu participer à des attaques et tentent de s’échapper.

En 6 semaines, nous avons ainsi pris en chasse des pirates à 3 reprises. La première fois après une tentative d’attaque sur un thonier français début novembre, la deuxième fois mi-novembre alors que nous avions repéré un mother ship à 650 Nq à l’Est d’Hobyo et la dernière fois fin novembre sur guidage d’un Falcon 50 français déployé aux Seychelles. Au total, nous avons intercepté 5 embarcations et une quinzaine de présumés pirates. 12 d’entre eux ont été remis aux autorités Puntlandaises, les autres ont été relâchés.''

Comment réagissent les pirates que vous interceptez ?

''Là encore nous avons remarqué une évolution. Avant, les pirates se laissaient prendre dès que nous arrivions sur zone, en général sans lutter et parfois même sans essayer de détruire les preuves. Très souvent tout de même ils essaient de se débarrasser de leurs armes et de leurs matériels en les jetant à la mer avant que nous les interceptions.

A présent, nous avons aussi affaire à des pirates qui ne veulent pas se laisser prendre. Lorsque nous arrivons sur zone et lançons un hélicoptère à leur poursuite, les pirates prennent la fuite sans s’arrêter même après des tirs de sommation. Cela démontre leur détermination.''

L’action coordonnée des forces navales européennes au sein de cette opération ATALANTA et internationale au sein de SHADE porte-t-elle ses fruit ?

''Oui, car la force navale européenne Atalante n’est pas la seule impliquée dans la lutte contre la piraterie au large de Somalie. L’Otan avec l’opération Ocean Shield, la task force multinationale 151 mais aussi de nombreux Etats agissent dans un cadre national parmi lesquels la Chine, l’Inde, le Japon ou encore la Russie, qui participent à cette lutte.

L’ensemble des acteurs se réunissent tous les mois à Bahreïn pour coordonner l’action des bâtiments de guerre et avions de patrouille maritime. Ces réunions, appeler SHADE (SHared Awareness and DEconfliction) permettent d’établir une répartition géographique et calendaire entre les différentes forces, en fonction de l’évaluation de la menace, de la circulation des navires marchands etc. C’est à l’issue de ces réunions que l’état-major d’Atalante fixe sa planification et répartit les missions, entre les bâtiments de la force européenne : patrouilles dans le bassin somalien, escortes de navires du PAM ou accompagnements dans le golfe d’Aden.

L’action coordonnée de tous les moyens, militaires nationaux et internationaux et des armateurs, a permis de faire échouer un quart des attaques et d’intercepter plus de 300 pirates à ce jour.''

lundi, 14 décembre 2009

La gazette du Floréal n°3 - Djibouti - Mombassa

5 comme les cinq semaines écoulées depuis le départ de la Réunion. Au contact des pirates dans le bassin somalien, notre activité est toujours aussi dense.

Nous nous étions quittés après Djibouti. Après cette escale assez rapide (2 jours), le Floréal est rentré de nouveau de pleins pieds dans son activité opérationnelle. Le vendredi 27 novembre, un remorqueur de Sierra Leone, le Solstar, nous appelle sur le canal 16, canal d’urgence internationale en mer, à la VHF, pour nous demander de l’aide car il est en train de se faire attaquer : un skiff fonce sur lui à plus de 20 noeuds (près de 40 Kms/h) ! N’étant qu’à 20 nautiques (moins de 40 km) de lui, le commandant décide de faire décoller l’hélicoptère. Le Panther repère le bateau en quelques minutes, et sa présence dissuade les pirates de continuer leur offensive. S’en suivra une longue course poursuite avec les pirates qui durera jusqu’au milieu de la nuit. Mais ces derniers, bien déterminés à ne pas s’arrêter, réussiront à nous fausser compagnie. Nous avons néanmoins réussi à mettre hors d’état de nuire une de leurs embarcations rapides et ces présumés pirates se seront neutralisés eux-mêmes en jetant leurs armes à l’eau, de peur que nous les rattrapions.

Après cette rencontre et sept jours de mer intensifs au cœur du bassin somalien, le commandant a décidé d’une journée du dimanche. Même si la vie du bateau suit son cours (entretien, cuisine …), les exercices et préparations pour la mission sont reportés au jour suivant. Cette journée à donc été l’occasion pour tous de souffler, chacun vaquant à des plaisirs divers et à des activités de détentes : matchs de volley pour certains sur le pont d’envol, lecture et farniente pour d’autres, pêche plage arrière ou simplement discussions et bavardages sur les extérieurs. Cette belle journée ensoleillée a fait du bien à tout le monde et s’est conclue par un barbecue organisé par le service commissariat.

Cette journée de repos passée, nous avons ensuite fait escale à Mombassa (Kenya) du 30 novembre au 4 décembre. Comme nous vous l’avions déjà annoncé dans la précédente gazette, les faits d’armes du Floréal ont eu un très bon écho auprès de nos différentes autorités. Cette escale a donc été marquée par le visite à bord de l’amiral Hudson, commandant la force navale européenne ATALANTE. Venu spécialement de Northwood en Angleterre pour nous féliciter, il a commencé par rencontrer l’état-major pour échanger sur nos actions dans le bassin somalien. Il a également prononcé une conférence de presse devant une vingtaine de journalistes kenyans et somaliens. Il a conclu sa venue par un discours de félicitations et d’encouragement pour l’équipage, réuni pour l’occasion sur le pont d’envol.

Cette escale a aussi été l’occasion pour bon nombre d’entre nous de découvrir de plus près le Kenya grâce aux safaris. Que ce soit au Tsavo ou au Masaï Mara, l’équipage a ainsi pu apprécier la beauté des paysages, photographier et approcher de près la plupart des animaux de la jungle. Lions, guépards, buffles, éléphants, girafes ou encore zèbres et gazelles n’ont donc plus de secret pour nous. Un vrai remake du « Roi Lion » !

Mais l’activité opérationnelle nous rappelle et le 4 décembre, nous appareillons de Mombassa. Nous reprenons de plus belle et le 8 nous interceptons à nouveau des pirates. Lors d’un de ses vols de surveillance maritime, Idéfix (indicatif de notre hélicoptère Panther) repère un skiff sur lequel nous interceptons quelques heures plus tard trois pirates, des armes et une échelle. Nous sommes alors à plus de 700 km des côtes.

Comme nous l’indiquions dans la dernière gazette, le Floréal est organisé en différents services. Aujourd’hui, nous vous présentons le service Pont. A bord, il rassemble douze marins. Le chef du service Pont est également chef de l’équipe de visite qui est projetée afin d’investiguer les bâtiments suspects. Le service Pont se décompose en trois secteurs : le secteur timonerie, le secteur manœuvre et le secteur service courant. Le secteur timonerie est composé de quatre personnes dont le patron passerelle qui est chef du quart. Les trois navigateurs timoniers assistent les chefs du quart en effectuant un suivi de la navigation sur les cartes marines, en veillant à l’organisation et à l’ergonomie de la passerelle qui est un véritable centre décisionnel ! Ils sont responsables des communications tactiques avec les bâtiments alliés et sont aussi des experts du morse lumineux, des signaux sémaphoriques et du langage des pavillons. L’un des trois navigateurs timoniers est également membres de l’équipe de visite. Le secteur manœuvre est composé de cinq personnes dont le « bosco ». Avec ses quatre manœuvriers, le bosco est en charge de toutes les manœuvres à bord : amarrage, mise à l’eau et mise en œuvre des embarcations, ravitaillement à la mer, transfert de courrier, remorquage, mouillage etc. Ce secteur est en quelque sorte garant de la « souplesse » du bâtiment. Le secteur service courant est composé de deux personnes. Le capitaine d’armes, fusilier de spécialité et plus connu sous le nom de « bidel », est responsable de l’organisation en personnel en définissant le rôle de chaque marin en fonction de chaque situation. Assisté par un adjoint également fusilier, ils est responsable de l’ordre et de la discipline à bord et veille à ce que le bateau « tourne » en permanence. Le bidel est également le spécialiste de la protection du bâtiment contre les menaces extérieures (la « prodef » comme protection-défense) et co-dirige l’équipe de visite dont son adjoint fait partie.

La suite dans le prochain numéro !

vendredi, 11 décembre 2009

Visite du Rear-admiral Hudson en escale à Mombasa

Mercredi 02 décembre 2009, le Rear-admiral (équivalent de contre-amiral) Peter Hudson, commandant opérationnel de la Force Navale Européenne ATALANTA, a effectué une visite à bord de la frégate de surveillance Floréal en escale à Mombassa (Kenya). Son déplacement depuis Northwood (Etat-major de la force ATALANTA) avait un triple objectif : rencontrer le commandant et l’état-major du bâtiment, faire une conférence de presse avec une délégation de journalistes locaux et internationaux et prononcer une allocution devant l’équipage du Floréal. La rencontre avec les officiers a permis au commandant de présenter à l’amiral les dernières interceptions de pirates réalisées dans le bassin somalien et d’échanger avec l’amiral sur les problématiques et les contraintes de l’opération ATALANTA. Accompagné de M.Georges-Marc André, envoyé spécial de l’Union Européenne en Somalie et au Kenya, l’amiral Hudson a pu ensuite présenter l’opération ATALANTA aux médias somaliens, kenyans mais aussi anglais et français. L’émissaire européen a, quant à lui, souligner l’importance de l’investissement financier, matériel et humain de l’union européenne dans le cadre de la reconstruction de la Somalie. A l’issue, l’amiral a prononcé une allocution devant tout l’équipage du bateau, réuni sur la plate-forme hélicoptères, pour les féliciter du travail accompli et leur souhaiter « bon courage » (en français) pour le reste de la mission. Toujours dans le cadre de l’opération ATALANTA, la frégate de surveillance Floréal appareillera le 04 décembre de Mombassa pour effectuer de la patrouille dans le bassin somalien et ensuite escortera un convoi du Programme Alimentaire Mondial entre Mombassa et Mogadiscio.

La gazette du Floréal n°2 - Réunion - Djibouti

Chères familles, Chers amis,

Cela fait maintenant trois semaines que le « Floréal » a franchi les passes du Port des Galets. Depuis notre départ en mission « Atalanta », la vie du bord a été riche en évènements.

Le 5 novembre, notre première journée a été marquée par nos retrouvailles à la mer avec notre sistership réunionnais, le « Nivôse », fraîchement sorti de la période d’entretien que nous aurons à notre tour en 2010. Pendant quelques heures, nos deux bâtiments se sont ainsi entraînés au ravitaillement à la mer, au transfert de courrier et à différentes manœuvres. A bord du « Floréal », les mécaniciens ont également profité de cette journée pour affiner les réglages machines en vue de la mission. C’est donc en fin de journée que nous avons mis cap au nord.

En quelques jours, nous sommes arrivés dans la zone d’opérations. Maintenant que les pirates sévissent surtout dans le bassin somalien, cette zone s’étend jusqu’au nord des Seychelles. Nos premiers jours de mission ont été consacrés à de la Baseline Ops (patrouille et collecte de renseignement) dans le bassin somalien. Le 10 novembre, nous avons effectué une première visite sur un « mother ship » soupçonné d’être lié à des activités de piraterie. Faute de l’avoir pris en flagrant délit, nous lui avons saisi tout ce qui aurait pu servir à de la piraterie (grappins, moteur hors-bord, essence en grande quantité : il n’y avait pas vraiment de doutes sur ses activités !) et ne lui avons laissé que de quoi rentrer en Somalie. Le 11 novembre, une « journée du dimanche » a eu lieu à bord. En mer, il n’y a pas de différence entre les week-ends et les autres jours de la semaine : l’équipage fait du quart, prépare les actions à venir, s’entraîne, entretient le bateau... Lors des « journées du dimanche », seules les fonctions indispensables (équipes de quart, cuisine…) sont assurées. Il n’y a pas de branle-bas (réveil) le matin et l’appel n’a lieu qu’à 10h30. Ce sont donc nos « journées de week-end » et il y en a une par période de mer !

Le 12 novembre, le « Floréal » a connu son premier vrai fait d’armes. Dès le 10 novembre, un pêcheur espagnol s’était étonné qu’une de ses balises émettrices dérive contre le courant. Ce type de balise sert aux pêcheurs pour relocaliser leurs filets dérivants. Le 11 novembre, un avion de patrouille maritime a confirmé ce que nous pensions : la balise avait été récupérée par des pirates. Après nous être positionnés dans la nuit pour les prendre par surprise au petit jour, nous avons mis en œuvre notre hélicoptère juste avant le lever du soleil. Les pirates ont été dissuadés de jeter à la mer les éléments de preuve grâce à un tir de semonce effectué depuis l’hélicoptère. A 6h30, l’équipe de visite a été investiguer le « bateau mère » et ses deux skiffs à la traîne et y a trouvé tous les éléments caractéristiques de la piraterie : des armes (kalachnikovs et lance-roquettes), des grappins, de nombreux fûts d’essence, un GPS. Nos autorités ont donc décidé que nos présumés pirates soient retenus à bord afin d’être ensuite remis aux autorités du Puntland pour y être jugés. Le transfert de nos passagers a été effectué le 18 novembre au large de Bossasso. Cette première arrestation nous a valu les félicitations de nos chefs et un appel téléphonique du général Georgelin lui-même, chef d’état-major des armées, sur le portable du commandant !

Après deux semaines de mer, nous avions déjà besoin de refaire le plein de carburant. Nous nous sommes donc donnés rendez-vous avec un pétrolier ravitailleur américain, le « Tippecanoe », le 18 novembre en fin de journée. Nous sommes venus nous placer à 40 mètres sur son tribord (côté droit) pour ravitailler ! En 2h, lancés à 14 nœuds (25 km/h) et de nuit, ils nous ont transféré 190 tonnes de gazole (pour les machines), 30 tonnes de TR5 (pour l’hélicoptère) et 10 tonnes d’eau ! Imaginez-vous faisant le plein auprès d’un camion citerne tout en roulant de nuit à votre vitesse de croisière sur l’autoroute… Du 19 au 21 novembre, nous avons ensuite effectué une courte escale technique à Djibouti. Ces 48 heures ont permis aux anciens de retrouver des lieux bien connus, aux plus jeunes de découvrir cette escale incontournable et à l’ensemble du bateau de se préparer à une nouvelle période de mer. Après avoir quitté Djibouti, nous nous sommes directement dirigés vers le bassin somalien pour y reprendre nos patrouilles et la chasse aux pirates.

Le « Floréal » est organisé en différents services qui contribuent chacun au bon fonctionnement du bateau. Dans chacune des gazettes à venir, nous vous présenterons un de ces services. Nous commençons dans ce numéro par le service commissariat. A bord, il regroupe quinze marins. Placé sous l’autorité du commissaire, il se décompose en deux secteurs. Le secteur administration est composé de cinq personnes. Les trois fourriers sont chargés de la gestion financière du bateau (solde, trésorerie, comptabilité) ainsi que de l’approvisionnement et de la délivrance de matériels, aussi bien les rechanges navals que les consommables de tous les jours. Les deux secrétaires militaires s’occupent de la gestion des ressources humaines (affectations, notations, suivi des situations personnelles, récompenses et punitions…) et de tout le secrétariat (réception et expédition de courrier, circulation de l’information dans le bord). Le secteur vivres compte neuf marins : le commis est chargé de l’approvisionnement en vivres et de la gestion du stock. Avec les trois cuisiniers, il prépare les menus que ces derniers réalisent à longueur de journée. Nous avons également un quatrième cuisinier qui est spécialisé en boulangerie et travaille donc la nuit ! Enfin, les quatre maîtres d’hôtel sont chargés du service et de l’entretien des carrés. Les marins étant nécessairement polyvalents, les membres du service commissariat sont également pompiers en cas de feu, membres de la brigade de protection pour deux d’entre eux, brancardiers en cas de blessés, tireurs sur les armes de 20mm ou encore à la mise à l’eau des embarcations.

La suite dans le prochain numéro !

mardi, 1 décembre 2009

La gazette du Floréal n°1 - départ en mission

Chères familles, Chers amis,

Voici le premier numéro de la « Gazette du Floréal ». Tout au long de notre mission Atalanta, du 5 novembre à fin décembre, nous nous efforcerons de vous donner régulièrement de nos nouvelles par cet intermédiaire. Nous vous y tiendrons au courant de notre quotidien et de la vie du bord autant que de nos faits d’armes, en espérant qu’ils seront nombreux !

Pendant ces quelques semaines de mission, nous serons déployés dans le Golfe d’Aden et dans le bassin somalien. Le golfe d’Aden est actuellement une véritable autoroute des mers puisqu’il relie l’Europe, via le canal de Suez et la Mer Rouge, à l’ensemble de l’océan Indien, et notamment l’Asie. Des centaines de navires y transitent tous les jours et constituent, pour ceux qui sont les plus bas sur l’eau et circulent à petite vitesse, des proies faciles pour les pirates. Le bassin somalien est une zone qui s’étend jusqu’à 600 kilomètres des côtes de la Somalie. Il présente lui aussi de nombreux enjeux puisque les navires du programme alimentaire mondial (PAM) y naviguent depuis Mombasa (Kenya) pour apporter l’aide alimentaire nécessaire à la Somalie. On y croise également tous les navires à destination du Kenya et de la Tanzanie ainsi que les pêcheurs venus des Seychelles. C’est dans ces deux zones, golfe d’Aden et bassin somalien, qui se concentrent aujourd’hui toutes les attaques de pirates. Notre mission comportera deux grands volets : la patrouille dans le Golfe d’Aden pour protéger le trafic commercial et s’interposer entre les pirates et leurs cibles potentielles, et les escortes du programme alimentaire mondial entre Mombasa et Mogadiscio, nécessaires afin d’assurer les approvisionnements de la population somalienne. Nous aurons ainsi deux grandes priorités : la sécurité de la zone mais aussi l’aide à la Somalie.

La préparation de la mission à bord du « Floréal » a commencé depuis plusieurs mois. En septembre, des entraîneurs de la Force d’Action Navale (qui regroupe l’ensemble des bâtiments de surface de la Marine), venus de métropole, ont vérifié pendant 10 jours notre aptitude à remplir toutes les missions que la Marine pourrait nous confier. C’est ainsi qu’au cours du stage RANO, l’équipage du « Floréal » a du faire face à de multiples situations : exercices de visite, exercices de tir, situations de navigation complexes, exercices sécurité…. Qui peut le plus peut le moins : pendant l’ensemble du stage, tous les exercices ont été poussés à l’extrême !

La visite et le déroutement du palangrier asiatique LINGSAR 08 début octobre nous ont tout de suite fait plonger dans le bain des vraies opérations. Au cours de ces quelques jours, en plus de mener à bien notre mission de police des pêches, nous avons pu roder notre organisation et nous assurer que le bâtiment dispose des bonnes compétences aux bons postes. Notre escale à l’île Maurice a ensuite permis de refaire les pleins en gazole, en vivres et en matériels en vue de notre départ en mission. C’est ainsi qu’en 36h, nous avons embarqué 45 tonnes de gazole (le « Floréal » consomme une dizaine de tonnes par jour), 24 tonnes de vivres, 18 000 litres d’eau potable et quelques centaines d’euros de matériels divers et variés.

Dans les 15 jours qui ont précédé le départ, nous avons achevé les derniers préparatifs. Nous avons notamment embarqué une vingtaine de sacs de sable destinés à protéger les tireurs des mitrailleuses de 12,7 mm. L’équipe de visite quant à elle a été s’entraîner au Centre d’Aguerrissement Tropical de la Réunion puis dans le cirque de Mafate. Avec l’aide de prestataires extérieurs, les détecteurs et les transmetteurs ont travaillé au câblage des nouveaux moyens de transmission qui nous permettront, à terme, d’avoir accès à la téléphonie et à Internet « au prix d’un appel local ». Ils ont également installé un nouveau système de combat qui nous donnera en temps réel une image de la situation surface dans l’ensemble de notre zone de navigation. Chez les mécaniciens, les travaux menés sur l’osmoseur doivent nous permettre de retrouver la capacité à produire notre propre eau douce. Les 26 et 27 octobre, le « Floréal » a reçu la visite de l’amiral commandant la zone maritime de l’océan Indien (ALINDIEN) qui sera notre employeur français pendant la mission (en plus de nos chefs européens puisque Atalante est une mission européenne). Ces quelques heures de travail lui ont permis de nous donner ses dernières instructions.

Ce n’est pas sans une certaine appréhension que nous franchirons jeudi les passes du Port des Galets mais c’est aussi avec joie que nous partirons vers ce qui fait le cœur de notre métier et de la Marine : les missions opérationnelles.

A bientôt !

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